1
Assise sur le banc, j'attendais. La salle était assez claire, décor classique, voir basique. Quelques tableaux de-ci, de-là. Une table basse, sur laquelle était disposé une dizaine de revue en vrac, séparait le banc sur lequel j'étais assise, du bureau de la secrétaire du directeur de l'établissement. Mon nouvel établissement scolaire. Pour remédier à mon « insociabilité » perpétuel, la solution que choisirent mes parents, fut l'internat. Dès mes premiers pas dans l'entrée de cette école, je sus que ça n'allait pas s'arranger de si tôt. Ce sera juste le départ de nouvelles rumeurs, de centres d'intérêts parfaitement insignifiants et de sujets de conversations débiles et répétitifs.
Pendant que je fouillai dans mes pensés à chercher à moyen d'échapper au stress des premiers jours, une grande femme brune et élancée s'approcha de moi.
- Mlle Lexie Peterson ? Je me présente, Mme Sleter. Heureuse de vous accueillir parmi nous.
- Bonjour, répondis-je maladroitement.
Me scrutant de haut en bas, elle continua.
- Je suis la secrétaire de M. Carlson, mais vous êtes sans doute déjà au courant.
- Bien sûr.
Puis, me priant de me diriger vers la porte, elle l'ouvrit en me gratifiant du sourire le plus forcé qu'il me fut donner de voir.
Je la suivais, ne prêtant aucune attention au décor des lieux, traversant couloirs après couloirs, me paressant semblables en tous points. Nous nous arrêtâmes face à une grande porte très différente des autres. Ce qui m'interpella ne fut, ni la couleur, ni la grandeur de celle-ci, mais le blason situer en plein milieu. Il était rouge aux bordures dorées, avec un animal en son centre, un lion. « Faite que se ne soit pas une bande de prétentieux snobinard ! » Priai-je en croisant les doigts, avant que Mme Sleter ne frappe à la porte.
-Vous pouvez ouvrir, dit alors une jeune voix aux intonations délicates, en parlant assez fort pour être entendu de l'autre côté de la porte.
Mme Sleter ouvrit et nous entrâmes. Mon sac cramponné à mes jambes, je restai le plus près de la porte, que me le permettait Mme Sleter, essayant d'oublier l'idée de prendre mes jambes à mon cou. Face à notre entrée, tous les élèves se levèrent en silence. Cela était à la fois impressionnant et effrayant, ce qui me valut un léger courant électrique me parcourant l'échine.
Essayant d'oublier tous ces visages braqués sur moi, je parcourai la salle de mes yeux. Je notai que le professeur était absent.
- M. Landers ? Veuillez vous approcher, s'il vous plait.
Suivant le regard de Mme Sleter, j'aperçu un jeune garçon s'approchant de nous.
- Mlle Peterson, je vous présente Brian. Le délégué de votre nouvelle classe.
Il me salua.
- De la part de toute la classe, je te souhaite la bienvenue. Si tu as des questions, je suis là.
C'était la délicieuse voix entendue quelques secondes auparavant.
Sa voix et son attitude eurent pour mérite de me calmer. L'observant de plus près, je constatai qu'il était assez beau. Des cheveux noirs légèrement en batailles, et des yeux noisette d'une profondeur sans pareil. Alors que je le scrutai sans gène, Mme Sleter émis un raclement de gorges, ce qui détourna mon attention.
- Mlle Peterson, Vous pourrez vous installer sur la table libre, au fond de la classe, pour aujourd'hui. Nous arrangerons le plan de classe pour les prochains jours. Alors je vous laisse et vous souhaite bonne chance.
Elle referma la porte tout en réaffichant son sourire si bien préparé.
- Ces les premiers jours, t'inquiète. Me dit alors Brian, tout en m'accompagnant à ma place.
Les autres élèves avaient repris leurs discutions. Brian observait mon installation.
- Le professeur ne va pas tarder ?
- Il a toujours quinze bonnes minutes de retard.
Brian s'était accoudé à la fenêtre située à côté de mon bureau.
- Alors, pourquoi t'a-t-on envoyé ici ?
On se croirait à un interrogatoire.
- Histoire familiale.
Il était près à me lancer une autre question lorsque je le coupai.
- Mes parents voyages beaucoup ... disons qu'il me laisse souvent seule. Dis-je assez maladroitement, comme d'habitude.
- OK.
Il attendait que je lui renvoie la question, mais je ne fis rien. Au moment où il allait continuer, le professeur entra. Il m'adressa un sourire en courant en direction de son siège.
Le reste de la journée consista à éviter toute personne ayant pour projet de tenir une conversation ayant pour sujet : Moi, ce qui était vrai dans 99% des cas et surtout, à éviter Brian. Ce n'était pas qu'il ne me plaisait pas, bien au contraire, mais disons que ma solitude l'emportait sur le désir de créer des relations sociales.
A la dernière sonnerie, je fus la première à quitter la classe. Sortir de cette salle fut pour moi, un soulagement.
2
J'arpentais les couloirs sans vraiment savoir où je me rendais. Mon installation dans ma nouvelle chambre fut assez rapide. Je découvris que ma colocataire, Jack, est une fille assez cool, légèrement extravertie mais extrêmement bavarde. J'ai donc trouvée comme prétexte, la visite de l'école pour m'échapper jusqu'à l'heure du dîner. Alors que je méditai sur le fait que mes parents n'étaient que des citadins omnubiléer par leurs jobs et dénuer d'instincts parentaux, j'aperçue sur la porte du réfectoire, le menu du dîner de ce soir.
Menu :
Entrée:
Artichaut en Verdure, Légumes Croquant et Jambon "Serrano"
Tartare de Hareng, Pommes Charlotte et Cébette, Crème Acidulée
Salade de Haricots Verts Frais et Copeaux de Foie Gras de Canard
Plats:
Hampe de Boeuf Poêlée, sauce Roquefort et Pommes Grenailles
Magret de canard du "Sud-Ouest" Rôti, Fricassée de Champignons
Filet de Julienne cuit "Plancha", Poêlée de Pois Gourmand
Tartare de B½uf (Préparé par nos Soins) ou
Tartare Poêlé "Aller Retour", Pommes Frites ou Salade Verte
Desserts:
Salade de Fruits Frais, Sirop Léger à l'Orange
Crème Brûlée "Maison" à l'Ecorce d'Orange
Faisselle au Coulis de Fruits Rouges
Ile Flottante et ses Copeaux de Nougatine Caramélisés
C'est quoi cette école ? Un pensionnat pour gosses de riche ? On se croirait dans un de ces grands restaurants super prisés, des capitales d'Europe. C'est vrai que je n'y avais pas vraiment fait attention depuis mon arrivé, mais tous les élèves de cette école font preuves d'excellentes bonnes manières, d'un certain comportement, et surtout, d'un certain style.
- Salut !
Je sentis une main sur mon épaule. C'était Brian. La seule personne de tout ce lycée, que je m'efforçais à éviter à tout prix. Je savais que si je me trouvai en sa présence, je devrais forcément lui adresser la parole, or c'était la dernière chose qui me faisait envie. Je finis tout de même par me retourner.
- Salut ! Soupirai-je.
J'eus le souffle coupé lorsque je m'aperçue que son visage ne se trouvai qu'à quelques centimètres du mien. C'était la première fois que je me trouvais aussi proche d'un garçon qui ne mettait pas indifférent. Ses cheveux châtain bouclés coupés court, ses yeux d'un vert incroyablement charmeur. Je me retournai lorsque je me rendis compte que je le dévisageai. Mon souhait le plus cher, en cet instant, fut de partir en courant. Or, je me voulais la face. Mon véritable souhait serait qu'il place sa main droite sur mes hanches, sa main gauche sur ma nuque, et que tout en me laissant plonger dans son regard, il m'embrasse.
Mais que suis-je entrain de faire ? Suis-je devenue folle ? C'est bien la première fois que je m'image de telles choses. Rien que de le sentir si proche de moi, rien que de sentir son odeur... Non ! Il faut que je parte, et le plus tôt sera le mieux. Une issue, il faut que je trouve une issue. Le réfectoire. Je décide d'y entrée et me dirige droit vers les toilettes des filles. Sûr qu'il ne me suivra pas à l'intérieur. 10 minutes devraient suffire. Le temps que je reprenne mes esprits et que Brian s'en aille. A la fin du temps escompté, je décide d'entrouvrir la porte pour voir si Brian est toujours dans les parages. Rien à signaler. Je décide donc de sortir et replonge immédiatement dans mes pensées. Alors que je traversai la salle en fixant le sol, le couinement d'une chaise m'alerta. Il était là, assis sur une chaise, mains sur la table. Lorsqu'il m'aperçu, il écarta une chaise et me fit signe de m'approcher pour m'asseoir. Ce qu'inconsciemment j'exécutai. Je ne me rendis compte de mon acte que lorsque je me retrouvai à ses côtés. Alors que j'essayai désespérément de fixer mon regard sur les cuisiniers qui installaient le « buffet » (est-ce le mot correct pour ce qui est en réalité une cantine scolaire ?), Brian ne disait mots. Je compris clairement qu'il voulait que ce soit moi qui démarre notre future conversation, mais je n'en avais aucunement l'intention. Lorsqu'il le comprit, il soupira.
- Alors, ton impression sur le bahut ? Me dit-il véritablement intéresser.
- Pas mal.
- Pas mal, pas mal ou ça te plait ?
- Disons que ça me plait comme endroit. C'est assez calme et posé, les gens ne cherchent pas sans cesse à te poser des questions sur ta vie privée, rétorquai-je ironique.
- Dois-je le prendre comme un avertissement, une marque d'agacement ou alors de la timidité peut-être ? demanda-t-il d'un ton faussement indigné.
- Disons que c'est un peu des trois.
A ma réponse, il sourit. Ce ne fut qu'après un bref instant que je compris qu'il répondait à celui que j'affichais, sans même m'en rendre compte.
- A voir ton sourire, je n'ai pas l'impression de te déranger autant que ça. Mais bon, si tu le veux, je peux te laisser.
- Non !
Ce mot est sorti tous seul, sans mon consentement. Suis-je entrain de tourner le dos à mes propres convictions, qui était que la tranquillité d'une vie, résultait d'une solitude sans pareil, ce qui nous évitait tout problème ou ennuie.
- Je peux donc te proposer de dîner avec moi et quelques amis ce soir.
- Je dois t'avouer que je suis assez mal à l'aise en compagnie de plus de trois personnes, alors tu m'excuseras pour ce soir.
- Et tu crois que je vais te laisser toute seule ! s'exclama-t-il. Alors, je suppose que ça ne te dérangera pas de manger en compagnie d'une seule personne.
Je ne répondis rien. J'avais les joues en feu, ce qui était assez inhabituel.
- Alors c'est décidé.